L’extraordinaire transformation du pastel

Le pastel, ou isatis tinctoria, est une petite crucifère utilisée depuis la nuit des temps, principalement pour ses propriétés tinctoriales. En effet, on voit apparaitre sur la surface des feuilles mûres, une petite poudre bleue au fort pouvoir colorant. Malheureusement cette poudre colle fortement à son support, et au Moyen Âge, les maîtres pasteliers ont mis au point un procédé intéressant pour l'extraire.

Les feuilles fraiches aussitôt cueillies, étaient immédiatement écrasées dans un moulin à traction animale et transformée en pâte. On en façonnait des boules appelées cocagnes. Bien que ce mot vienne de l’occitan et signifie « mauvais gâteau », il évoque la richesse des pays de cocagne. Après séchage, ces boules étaient à nouveau écrasées au moulin et la poudre résultante subissait quatre mois de fermentation dans un bain peu ragoutant où s’ajoutaient urine humaine, ail et une multitude de composants plus ou moins secrets. Un nouveau séchage permettait d’obtenir la granat, poudre utilisée par les teinturiers qui se vendait à prix d’or. Le procédé ne durait pas moins de six mois.

Les teinturiers lui-même composait un bain avec de la granat et de la chaux et faisait tremper les tissus durant deux jours. Ils ressortaient couvert d'une teinte brune ou verdâtre qui virait à un très joli bleu au bout de quelques minutes sous l'effet de l'oxydation.

Sous Napoléon, des ingénieurs parvinrent à extraire la poudre précieuse en 24 heures, et les labos actuels peuvent le faire en 3 heures seulement.

Mais cette plante n’a pas encore révélée tous ses secrets. On vient de lui découvrir des propriétés anticancéreuses, et il serait possible de s’en servir de biocarburants. A suivre…